Cameroun | Au bord du Logone, trois personnes âgées choisissent le baptême à la « onzième heure »
CAMEROUN | Au bord du Logone, trois personnes âgées choisissent le baptême à la « onzième heure »![]()
[Photo: Nakoussia carried out of the waters]
Par Louanga Charles Djafsia, pasteur du district de Mayo-Danay / Abraham Bakari
Alors que la campagne d’évangélisation Afrique pour Christ touchait à sa fin, le fleuve n’a pas seulement accueilli de jeunes croyants désireux de commencer un nouveau cheminement spirituel. Il a également reçu trois candidats âgés dont la décision a profondément marqué toute la communauté : Nakoussia Jean Bernard, 75 ans ; Hawana Gabriel, 93 ans ; et Saraouta Marie, 93 ans.
Sous le soleil brûlant de l’Extrême-Nord du Cameroun, à Vele, localité située dans le district de Mayo-Danay, les eaux du fleuve Logone sont devenues le théâtre d’une scène de foi inhabituelle et profondément émouvante.
Pour le pasteur Charles Louanga Djafsia, pasteur du district de Mayo-Danay, ce moment allait bien au-delà d’une simple cérémonie de baptême. Il s’agissait d’un témoignage vivant de la promesse de Dieu dans Ésaïe 46:4 : « Jusqu’à votre vieillesse je serai le même, jusqu’à votre blancheur je vous soutiendrai. »
« J’ai vu dans leurs yeux et entendu dans leurs cris l’accomplissement puissant de cette promesse », a déclaré le pasteur Louanga.
Des vies autrefois négligées, désormais accueillies
Ce qui a rendu cet événement historique pour la communauté locale, c’est le parcours des trois candidats au baptême. Selon le pasteur Louanga, aucun d’eux n’avait auparavant franchi le seuil d’une église. Ils avaient passé leur vie en dehors de la foi chrétienne, enracinés dans des pratiques religieuses traditionnelles, dans l’idolâtrie.
Aux yeux de certains membres de la communauté, ces hommes et femme âgés étaient perçus comme des personnes en fin de parcours, fragiles et socialement oubliées. Mais au cours de la campagne, ils ont rencontré de l’amour, de l’attention et un message d’espérance qui les a profondément touchés.
Soutenus par des bras vigoureux alors qu’ils s’approchaient du fleuve, ils n’allaient pas simplement être baptisés. Ils avançaient vers une nouvelle vie qu’ils n’avaient peut-être jamais imaginée possible.
La scène a attiré l’attention de nombreux villageois. L’émotion était telle qu’une jeune femme nommée Graouda, accourant pour assister à ce moment remarquable, s’est accidentellement heurtée à la digue du fleuve. Toute la communauté voulait voir ce que Dieu était en train d’accomplir dans ces corps marqués par l’âge et ces cœurs renouvelés.
Trois voix, une seule confession de foi
Le pasteur Louanga a décrit le moment de l’immersion comme un miracle de communication. « Avec l’âge, la parole était devenue difficile pour eux », a-t-il expliqué. « Mais au moment du baptême, le Saint-Esprit leur a donné une voix claire pour sceller leur alliance avec le Maître. » Chaque candidat a exprimé sa foi d’une manière simple, mais puissante.
« Je veux être baptisé maintenant »
À 75 ans, Nakoussia Jean Bernard, le plus jeune des trois, n’a manifesté aucune hésitation. Ses paroles étaient directes et empreintes d’urgence : « Je veux être baptisé maintenant. »
Sa décision rappelle que la grâce ne connaît pas l’âge de la retraite. Son baptême n’était pas simplement le dernier chapitre d’une longue vie, mais une prise de position spirituelle ferme. Il a refusé le report et a choisi le salut avec conviction.
« L’eau me touche »
Pour Hawana Gabriel, âgé de 93 ans, la première réaction est venue du corps. En sentant l’eau monter autour de lui, il s’est exclamé dans sa langue maternelle : « L’eau me touche. »
C’était plus qu’une simple sensation physique. C’était la confession d’un homme qui, après près d’un siècle d’existence, acceptait enfin que la miséricorde de Dieu l’enveloppe entièrement.
Son puissant « Amen ! » a surpris de nombreux villageois habitués à son silence.
« Je veux mourir aujourd’hui avec Christ »
Le moment le plus émouvant est venu de Saraouta Marie, elle aussi âgée de 93 ans. Entre des cris traditionnels de joie, elle a prononcé des paroles qui ont profondément touché les personnes présentes : « Je veux mourir aujourd’hui avec Christ. »
Pour le pasteur Louanga, sa déclaration résumait le sens spirituel du baptême.
« Je lui avais décrit le baptême comme une sorte d’entraînement à l’éternité », a-t-il déclaré. « En tant que pasteur, mon rôle était d’aider à transformer l’angoisse du déclin en victoire spirituelle. À 93 ans, on ne naît peut-être plus selon la chair, mais on peut encore naître de nouveau par l’Esprit. »
Ce jour-là, au bord du fleuve Logone, le temps semblait s’être arrêté. Ces trois candidats âgés n’étaient plus considérés uniquement comme des personnes du troisième âge. Aux yeux de la foi, ils étaient devenus des nouveau-nés en Christ, prêts à commencer la phase la plus glorieuse de leur existence.
Lorsqu’ils sont sortis des eaux, leurs visages ne reflétaient pas le déclin, mais le renouvellement de l’âme. Le cri de joie de Saraouta Marie n’était pas un adieu à la vie, mais un chant d’accueil à l’éternité.
Ce jour-là, le fleuve Logone est devenu un témoin : il n’est jamais trop tard pour naître de nouveau. Entre les eaux du fleuve et le ciel ouvert, une promesse a été renouvelée — celle d’un Dieu qui attend, accueille et restaure, quel que soit le poids des années. Le temps s’est incliné devant l’éternité, et le cri de foi lancé depuis les rives du Logone continue de résonner comme un appel universel.
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