Guéri de la Covid-19, un pasteur témoigne.

Posted on Juin 09 2020



En pleine crise sanitaire de la Covid-19, il y a des larmes qui coulent. Pour certains, des larmes de tristesse et d’angoisse suite à la perte d’un être cher. Pour d’autres, des larmes de joie suite à la guérison. Guérir du coronavirus, c’est avoir survécu à la peur et aux sueurs froides. C’est surtout devenir un symbole et un signe de l’espoir. Si certains ont été testés, beaucoup d’autres ont dû se soumettre au traitement parce que tous les symptômes ont été présents. C’est le cas du Pasteur Njock David Vivian, président de la Fédération de l’Ouest Cameroun des Adventistes du Septième Jour. Cet homme de la quarantaine passée, marié et père de trois merveilleux enfants, est un rescapé qui a accepté de partager avec nous son expérience. 

Bonjour Pasteur Njock David Vivian! Dans l’exercice de vos charges, vous avez mené une bataille de première ligne dans la gestion de la crise de la Covid-19. Comment avez-vous organisé l’Église?
Merci. Bonjour! Nous avons d’abord sensibilisé nos membres au respect des mesures barrière telles qu’indiquées par l’État du Cameroun. Ensuite, nous avons suivi les instructions de l’Église quant à l’organisation des services cultuels par la fermeture des chapelles notamment dans les villes touchées. Enfin, nous nous sommes organisés pour une pastorale de proximité pour le suivi de nos fidèles. Nous encadrons les membres à travers des réseaux sociaux par des méditations et des études Bibliques en ligne, quelques visites sporadiques et assistances pour des malades graves et décès. Heureusement la plupart des membres sont organisés dans les familles et les petits groupes où se tiennent tous les programmes hebdomadaires de l’église (mercredi, vendredi et samedi) avec une présence régulière nos mebres. Actuellement nous avons initié le projet « Je suis le gardien de mon frère » dont l’objectif est d’apporter des kits alimentaires aux plus démunis. À ce jour, 483 personnes en ont bénéficié. C’est le lieu de remercier les donateurs qui nous ont apporté leur contribution.


Dans la nuit du jeudi 7 mai 2020, vous avez été interné dans un hôpital de la ville de Douala. Soupçonniez-vous avoir attrapé le virus? Racontez-nous comment vous vous étiez retrouvé dans le milieu hospitalier.
Oui, effectivement. Il faut dire que j’avais déjà fait près de deux semaines alité. Je prenais des médicaments antipaludiques que m’avaient prescrit quelques médecins amis. Après, je me suis senti mal avec des douleurs cardiaques sérieuses et j’ai été conseillé de faire en urgence un scanner dont les résultats ont orienté les soupçons vers la Covid-19. C’est le seul résultat que j’ai en ma possession jusqu’à ce jour. Néanmoins, sur cette base et au regard des symptômes physiques que je présentais, j’ai été admis au centre de prise en charge de la COVID-19. Et on m’a immédiatement pris en charge. A ce moment je savais que ma vie reposait désormais entre les mains de Dieu au vu de la souffrance que je voyais autour de moi. Heureusement, trois jours après, je me sentais beaucoup mieux bien que fatigué.


Que savez-vous des circonstances dans lesquelles vous avez contracté le nouveau coronavirus ?
Je ne peux vraiment pas savoir. Nous sommes exposés et nos maisons sont dans les camps de l’église où entrent et sortent de nombreuses personnes. Nos épouses vont au marché. Nos enfants vont dans les boutiques et nous-mêmes nous avons continué à rendre des services dans nos bureaux. Je ne sais pas comment tout cela est arrivé. Nous étions pourtant en pleine pandémie.


Autour de vous il y avait des patients qui mouraient et d’autres bien évidemment survivaient. Certainement vous aviez eu des moments d’échanges avec les patients ou le corps médical. Qu’est-ce qui vous aura le plus marqué?
J’ai vu la souffrance ; la peine ; le désespoir et la mort dans ce centre hospitalier. J’ai eu la grâce de prier pour les infirmiers qui nous suivaient et secouru deux malades qui avaient besoin d’aide…

Ce qui m’a marqué c’est le dévouement de certains infirmiers et médecins qui passaient des heures entières à réanimer un malade ou qui étaient obligés d’accompagner quelques-uns pour leur toilette et même qui les lavaient carrément. A côté de tous ces efforts la détresse a rendu quelques malades violent et irrespectueux vis-à-vis de ces hommes et femmes qui malgré la peur d’être contaminés se donnaient pour sauver les vies. C’est l’occasion de rendre hommage à tout ce personnel qui nous a soutenu pendant ces moments difficiles.

Comment votre famille et vous-même avez vécu ces moments ?
Dieu nous a soutenus et nous lui sommes reconnaissants. Ma famille a eu peur de me perdre. Les enfants pleuraient et souhaitaient me voir revenir à la maison le plus tôt possible. Les nuits étaient particulièrement difficiles pour chacun d’eux. Il fallait les rassurer chaque soir par de longs coups de fil et prier avec eux. C’était difficile et stressant ! Je tiens à leur dire merci pour toute l’affection qu’ils m’ont témoignée.


Alors que les réseaux sociaux se sont enflammés, vous déclarant atteint de la Covid-19, vous-même comment vous sentiez-vous? Avez-vous trouvé de l’aide dans cette crise?
Le travail des réseaux sociaux bien que déplacé nous a été un peu favorable parce que toutes nos connaissances qui ont appris la nouvelle nous ont soutenu dans la prière et même financièrement pour certains. Mon téléphone est rempli de messages même des inconnus ; j’ai compris que je suis dans une grande famille. Pour les plus superstitieux ils n’ont pas manqué de me dire de faire attention des ennemis qui sont autour de moi. J’exhorte tout de même les uns et les autres à faire attention avec la vie privée des gens on peut les tuer avant le temps sans en rendre compte 


Le jour de votre sortie d’hôpital doit avoir été remarquable. Embrasser votre épouse et vos enfants ou respecter les mesures barrières? Racontez-nous aussi ce jour mémorable.
Je suis sorti le Mardi 12 Mai de l’hôpital ; c’était déjà surprenant pour le personnel médical et même les autres malades que j’ai trouvés. Je suis reconnaissant au Seigneur qui a une fois de plus démontré qu’Il maitrise nos destinées. Je n’ai pas privé ma famille de ma présence et ce jusqu’à ce jour. J’ai aussi profité de la belle pharmacopée africaine qui nous fait du bien. Et nous nous portons relativement bien en tout cas et nous avons moins peur de la Covid-19 tout en restant prudents.


Quelques jours après votre sortie de l’hôpital, comment menez-vous désormais votre ministère pastoral?
Pour le moment je suis confiné entre mon bureau ;  ma famille et le sport. J’encourage les membres par des sermons via les réseaux sociaux ; je crois qu’ils sont contents de me suivre ! Nous avons des membres aussi qui appellent pour recevoir nos conseils et prières. Enfin je suis devenu un conseiller pour tous  ceux qui suspectent avoir la COVID 193


La réponse de l’Église Adventiste mondiale à cette crise de la Covid-19 et ses directives vous auront certainement inspirés. En fin de compte, quel est l’impact de cette pandémie dans votre champ de l’Ouest Cameroun?
Je crois que l’Église Adventiste contribue comme elle peut surtout dans la sensibilisation de ses membres et la bonne tenue des pasteurs à travers les réseaux sociaux. Nous remercions aussi le service des communications de l’Union du Cameroun pour de nombreux programmes mis à notre disposition.

La Fédération de l’Ouest a vu ses membres être mobilisés dans les petits groupes et les familles. En dehors des difficultés à évangéliser personnellement, à se déployer dans le champ et les différents programmes des départements, les membres sont restés assez disciplinés. Nous avons enregistré une dizaine des cas suspects qui à ce jour se portent très bien après la prise des médicaments prescrits par les médecins, sans négliger la pharmacopée africaine qui marche bien ici. Sur le plan financier, nous disons merci au Seigneur pour les membres qui sont restés fidèles à Dieu ; nous sommes loin de nos objectifs mais Dieu veille et prend soin de son œuvre.

Nous vous remercions d’avoir accepté témoigner de la puissance de Dieu manifestée dans votre guérison.

 Interview menée par Abraham BAKARI

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